enquête-64b

PFC Béarn

Le territoire concerné

Le Béarn est un pays indépendant au XIIIe siècle auquel la politique autocrate de Gaston Fébus a donné un essor qui se confirme par l’indépendance à la fois vis-vis des Anglais qui annexent l’Aquitaine, et de la royauté française des Valois. Au XVIe siècle jusqu ‘à l’avènement d’Henri IV le Béarn est intégré au royaume de Navarre et le gascon reste la langue administrative et juridique. L’unité géographique reste la même depuis le XIIe siècle, même si ses frontières sont englobées dans le département administratif des Pyrénées atlantiques (anciennement Basses Pyrénées)

Le massif montagneux, qui forme la limité sud est sillonné par quatre vallées parallèles orientées sud-nord : Baretous, Aspe, Ossau, Ouzoum. A l’extrémité sud de ces vallées se trouvent les passages (ports) conduisant au versant espagnol. Dans ces vallées, les riches terres d’alluvion, l’abondance des herbages, les richesses naturelles, forêts, gisements minéraux, eaux thermales, ont favorisé la création de groupements humains, offrant une individualité originale. Au débouché des montagnes, les Gaves prennent la direction du nord-ouest et forment de vastes artères, les plus riches du pays. C’est là que s’échelonnent, outre de nombreux villages, les cités les plus importantes : Nay, Pau, Lescar, Orthez, sur le Gave de Pau, Oloron, Navarrenx, Sauveterre, sur le Gave d’Oloron. Entre les deux Gaves, un réseau dense de coteaux, de terrains boisés, et de vignobles renommés comme ceux de Bosdarros, de Jurançon, de Gan, d’Aubertin, de Lasseube, Monein, Lucq, Lagor, Salies.

La situation linguistique

Le Béarn étant situé au sud de la ligne de séparation oïl /oc, et bénéficiant historiquement d’un statut particulier, a permis au gascon de s’implanter durablement : grâce aux Fors de Morlaàs, il était langue officielle pour les actes juridiques jusqu’à la Révolution française et ce malgré l’Edit de Villers-Cotterêts en 1539 qui imposa le français. Concrètement ce n’est qu’à partir du XIXe siècle que le français a commencé à être introduit dans cette région. Une enquête de sociolingistique  a été menée par le Conseil régional d’Aquitaine pour connaître la place de l’occitan de nos jours dans la région[1] Cette étude révèle que sur la zone du Béarn, (7% des témoins interrogés sont « occitanophones ». Dans cette catégorie, sont incluses les personnes sachant parler couramment l’occitan, mais également les personnes n’ayant que quelques notions sans pour autant posséder de compétence réellement active. L’aire dialectale de l’occitan à laquelle appartient le béarnais est le gascon, bien qu’il y ait des discussions sur le sujet : certaines spécificités du béarnais en font un dialecte à part. La majorité des locuteurs  estiment parler occitan, mais ayant conscience d’une langue particulière, et assez peu « gascon ». Certains le désignent par le terme « patois ».

Les relations entre le Béarn et le reste du territoire

De longue date, le Béarn est une région de passage,  et désenclavée, sur un axe nord sud passant de Dax à Sarragosse, et un axe est-ouest de Toulouse à Bayonne, se croisant à Lescar (il est notable que Lescar soit le lieu de l’échangeur des  deux autoroutes A64 et A65). Le regain de la fréquentation touristique des chemins de Compostelle dont le réseau existe depuis le XIIe siècle révèle des sites  commerciaux qui remontent au moyen-âge, avec un trafic dense sur les Gaves et l’Adour. Le train est un instrument de transport important avec deux lignes interrégionales (Bayonne-Toulouse via Pau et Paris-Pau en TGV). Pau dispose également d’un aéroport qui est concurrencé par celui de Lourdes ; la présence des opérateurs low-cost permet l’installation d’étrangers (des Britanniques notamment) dans des zones rurales sujettes au dépeuplement. Il ne faut pas négliger non plus la proximité de la frontière espagnole qui a entraîné une immigration importante dans les dernières décennies du XXe siècle, qui est bien intégrée. La politique franquiste, en particulier a provoqué l’exil de nombreux Espagnols vers les terres béarnaises, qui offraient du travail notamment dans l’exploitation des gisements de gaz naturel dans le complexe de Lacq[2].

Les médias sont également un facteur important pouvant influencer l’accent ou l’expression des enquêtés. La fibre optique n’est accessible qu’aux Palois, si les territoire béarnais reçoit les chaines de TV. Pas de chaine locale à l’exception de quelques reportages sur FR3 Aquitaine  permettent de recevoir des émissions en langue locale. En revanche la radio offre dans ses stations locales des plages en occitan (France Bleue Béarn, Radio Païs, Voix du Béarn, Radio Oloron). En ce qui concerne la presse écrite, les journaux les plus lus sont les quotidiens en langue française (la République des Pyrénées, Sud-ouest et l’Eclair). Païs gascon et la Setmana ne sont lus que par 1,8 % de la population béarnaise.

Le déroulement de l’enquête en 2004

Les enregistrements ont été faits par Gisèle Prignitz alors rattachée à l’équipe PFC de Toulouse, par le truchement de Bernard Moreux, auteur d’un dictionnaire du béarnais, qui avait été volontaire  pour démarrer le point d’enquête du Béarn. Le laboratoire de phonétique de l’université du Mirail avait prêté un enregistreur numérique aux enquêtes PFC dirigées par Jacques Durand[3]. Les interviewes ont été réalisées au domicile des participants dans de bonnes conditions.

Le choix des informateurs

Il existe un déséquilibre entre hommes et femmes, les rendez-vous n’ayant pas toujours permis d’avoir les locutrices pressenties. On a donc 5 locuteurs masculins et trois féminins. En revanche les trois tranches d’âge ont été respectées ; deux ont moins de 35 ans, un entre 35 et 50 et cinq ont plus de 50 ans. Les niveaux d’étude sont variés : deux d’entre eux ont poursuivi leur scolarité jusqu’au CEP (certificat d’études primaires), un a suivi un enseignement secondaire et technique et cinq ont été au moins jusqu’au bac. D’un point de vue professionnel, quatre retraités proviennent de métiers divers : un journaliste, un militaire et deux ouvriers agricoles ; et pour les actifs, on compte un professeur, une monitrice-éducatrice, un intermittent du spectacle et un article-peintre. Le point commun entre tous les locuteurs est qu’ils ont passé leur enfance et leur adolescence en Béarn. Un tableau résume les différents critères retenus (âge, niveau d’études, profession, langue maternelle, milieu des parents) et on trouve une fiche pour chaque locuteur.

[1]    L’enquête « Présence, pratiques et représentations de la langue occitane en Aquitaine » peut être consultée et téléchargée sur le site du CR à l’adresse http:/aquitaine.fr/IMG/pdf/Avril_200_9-_Resultats_complets_enquete_sociolinguistique_occitan_en_Aquitaine.pdf (voir Julien Anguelu)

[2]    Voir l’ouvrage de Michel Martin, Au fil de nos gaves : un témoignage sur la vie sociale et politique en Haut Béarn,  Biarritz : Atlantica, 2006 (source : Julien Anguelu)

[3]    Note de G.P. j’ai donc pu en bénéficier, ainsi que de cassettes qui ont été remises à J. Durand. Je dispose de CD qui ont été copiés à partir des cassettes.