Nous présenterons tout d’abord les liaisons dites catégoriques (CAT) et erratiques (ERR) qui seront à la base de l’apprentissage de ce phénomène en français, prioritaires pour une bonne maîtrise de la communication et de la compréhension de la langue française. Nous détaillerons ensuite les facteurs de la variation, ces derniers étant multiples et complexes.

Plutôt que catégorique, erratique et variable, la typologie traditionnelle utilise les termes obligatoire, interdite et facultative, respectivement. Ces derniers impliquent cependant la notion de « faute », « d’erreur » de langage, qui n’est pas notre propos ici, puisque la description s’appuie sur un usage concret du phénomène.

Les critères de réalisation des liaisons font majoritairement référence aux catégories syntaxiques des mots en contact, notamment pour les liaisons CAT et ERR. Les critères pour la liaison variable vont aussi faire appel à d’autres facteurs (voir facteurs de variabilité, notamment)

  •  CAT (catégoriques)

Certaines liaisons sont systématiquement réalisées par les locuteurs français. Elles sont ainsi considérées comme catégoriques (obligatoires). 

  •  Déterminant + nom ou adjectif

Les déterminants lient systématiquement avec le mot 2. On entend par « déterminant » : articles et adjectifs démonstratifs, possessifs, numéraux (voir le cas particulier de cent) et interrogatifs.

Ex. un˽arbre, les˽arbres ; des˽arbres ; aux˽arbres ; un˽immense arbre …

Ces˽arbres ; mes˽arbres ; vos˽amis…

deux˽arbres ; dix˽arbres…

Quels˽arbres ? Comment˽allez vous ?

 

  •  Pronom personnel + verbe

Ex. Nous˽avons ; on˽arrivait

NB. Une exception se trouve au Québec, où la liaison après ils n’apparaît pratiquement jamais (voir rubrique variabilité géographique).

  •  Pronom + pronom

Ex.

– Elles˽en˽ont

– nous˽y étions logés /* Style Definitions */ table.MsoNormalTable {mso-style-name: »Tableau Normal »; mso-tstyle-rowband-size:0; mso-tstyle-colband-size:0; mso-style-noshow:yes; mso-style-priority:99; mso-style-qformat:yes; mso-style-parent: » »; mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt; mso-para-margin-top:0cm; mso-para-margin-right:0cm; mso-para-margin-bottom:10.0pt; mso-para-margin-left:0cm; line-height:115%; mso-pagination:widow-orphan; font-size:11.0pt; font-family: »Calibri », »sans-serif »; mso-ascii-font-family:Calibri; mso-ascii-theme-font:minor-latin; mso-fareast-font-family: »Times New Roman »; mso-fareast-theme-font:minor-fareast; mso-hansi-font-family:Calibri; mso-hansi-theme-font:minor-latin;} alt (69aAG1g_nous11z)

 

  •  Verbe + clitique

Ou inversion du sujet (pronom post-posé)

Ex. Mangez˽-en ; allons nous˽-en ; vas˽y

NB. Ces clitiques sont toujours précédés d’un tiret (voir infra).

 

  •  Préposition ou adverbe monosyllabique + pronom monosyllabique

  Voir les commentaires sur les prépositions et les adverbes dans la catégorie VAR.

 

  • Mots composés et locutions figées

Beaucoup de mots composés et de locutions figées comportent une liaison systématique, indépendamment des catégories grammaticales des mots en contact. Comme il s’agit d’expressions courantes, on peut invoquer le facteur de fréquence des mots en contact qui favorise la réalisation des liaisons (voir facteurs de variabilité commentés). En voici des plus courantes :

Ex.

prêt˽-à-porter  alt (42aCL1g_prêt11t) ; sous˽-entendu ; pot˽-au-feu ; avant˽-hier alt (91aMB1l_avant11t) ; pied˽-à-terre ; non˽avenu ; mot˽à mot ; nuit˽et jour ; vis˽-à-vis alt (13aDG1g_vis11z; États˽-Unis alt (64aMA3g_Etats21z; de but˽en blanc ; de fond˽en comble ; Moyen˽Âge ; Moyen˽-Orient alt (91aAL2l_Moyen21n; les Beaux˽-arts alt(31aOE1g_Beaux11z) ; Arts˽et Métiers ; c’est˽-à-dire alt(13bMA1g_c’est11t; tout˽-à-fait alt (75cAB1g_tout11t; tout˽à coup ; en˽effet alt (btaCW1g_en11n; petit˽à petit alt(12aGS1g_petit21t; de plus˽en plus alt(12aMS1l_plus11z; plus˽ou moins alt(44aMS1g_plus11z; de temps˽en temps alt(54bKL1g_temps11z; à tout˽hasard 1 alt(11aDP1g_tout11t)

Quelques exceptions (liaison variable) :

pas à pas ; dos à dos

NB. Plus généralement, lorsque deux mots sont liés orthographiquement par un tiret, la liaison est toujours réalisée. Noter que la plupart des locutions figées et mots composés comportent par ailleurs un tiret à l’écrit.

  •  ERR (erratiques)

Les liaisons erratiques sont communément appelées dans la littérature « interdites ». Elles ne sont, a priori, jamais réalisées et sont ainsi considérées comme catégoriquement impossibles (les locuteurs natifs auraient le sentiment qu’il s’agit d’une erreur de langage). D’autres liaisons sont trop rarement réalisées pour être considérées comme variables, mais leur éventuelle réalisation peut parfois se rencontrer. Les liaisons désuètes tombent dans cette dernière catégorie.

Les liaisons erratiques sont ici présentés selon la catégorie syntaxique du mot 1, du mot 2, puis du contexte Mot 1 + mot 2.

  • Mots 1

    • Après la conjonction et

Ex. et // il est parti ; un chat et // un chien

 

  •  Après un nom au singulier

Ex. la maison // est belle

 

  •  Après un nom propre

Ex. Bernard // est allé

 

  •  Après une inversion du pronom

Ex. sont-ils // arrivés ? ;  vont-elles // assister ? ; a-t-on // étudié ?  ; trouvez-en // une

 

  •  Après les adverbes interrogatifs

Ex. quand // allez-vous venir ? Comment // arrives tu ? Combien // en as-tu ?

Attention : comment˽allez-vous ? Quand˽est-ce que vous partez ?

 

  •  Après cent

La liaison après cent est souvent considérée comme interdite. Dans les faits, il apparaît que la liaison se fait souvent lorsque cent est suivi d’un mot d’usage fréquent comme euros. De plus, elle est obligatoire avant ans, et erratique avant un nom commun, un autre numéral

  Ex. Cent // euros alt(91aAL1l_cent10) cent˽euros alt(blaJV1l_cent11t)

– cent // ouvriers alt(12aTP1g_cent10)

– Elle est morte à cent˽ans et quatre jours alt(btaPM1l_cent11t)

– Promotion deux cent // un alt (75cLC1l_cent10)

– Mille neuf cent // huit alt (91aSL1g_cent10)

 

  • Mots 2

 

  • Devant un h aspiré

Certains mots commençant orthographiquement par un h (qui n’est jamais prononcé en français, ce qui fait que le mot commence phonétiquement par une voyelle) bloquent la liaison. Ici, on peut considérer que le h aspiré fonctionne comme une consonne. Ainsi, toutes les règles énoncées dans le paragraphe CAT ou VAR (voir ci-après) ne s’appliquent pas dans ces cas. La difficulté est alors de savoir si un mot commençant par h entre dans ce paradigme. Il s’agit dans la majorité des cas de h historiques (généralement d’origine germanique) ou de mots d’origine étrangère. Les h d’origine gréco-latine ne sont généralement pas aspirés.

  •  Autres mots 2

Certains mots « bloquent » également la liaison et fonctionnent ainsi comme ceux à h aspiré :

– L’adverbe oui 

Ex. pour un // oui

– Les chiffres un, huit, onze et leurs dérivés unième, huitième, onzième, lorsque ceux-ci sont employé en tant que nom

Ex. les // huit˽ans ; ces // onzièmes jours

Attention, il y a bien liaison dans les nombres dix˽huit, vingt˽huit, …

– La plupart des lettres isolées

Ex. « les // » prononcé [le ɛʁ] ; « les // a » [le a] alt(69aKB1g_les10)

Néanmoins, la liaison avant une voyelle isolée reste du domaine variable et peut être réalisée :

Ex. sans˽e et sans˽accent alt(54bMD1g_sans11z)

  • Мots 1 et/ou Мot 2

 

  • Nom pluriel + verbe 

Si ce contexte n’est généralement pas considéré comme un site de liaisons interdites dans la littérature, il apparaît néanmoins que très peu de liaisons sont réalisées dans ce contexte. Certains auteurs l’excluent d’ailleurs des liaisons possibles.

Ex.

– les grands parents // étaient là alt(12aTP1g_parents20) ;

– Les ingénieurs // ont alt (38aAS1l_ingénieurs20)

– Mes grands frères // avaient fait du scoutisme alt(75cCB1g_frères20)

– Les maisons // ont brulé  alt(75cAB1g_maisons20)

Dans le corpus PFC, une seule exception apparait :

Quelques fanatiques˽auraient alt(12aJP1t_fanatiques21z)

 

  • Après ou avant une interjection

Les interjections comme hein, bon, bien, enfin, etc. interdisent la réalisation des liaisons.

Ex.

– des expressions si tu veux // hein alt(13bPA1l_20hein)

– Je l’ai toujours entendu hein // en fait alt(13bPA1l_hein10)

 

  •  VAR (variables)

Outre les liaisons dites obligatoires et celles dites interdites (et leurs exceptions), une des grandes difficultés pour les apprenants de français est que certaines liaisons sont variables, c’est-à-dire qu’elles peuvent être réalisées ou ne pas être réalisées sans que cela gêne la conversation. Les liaisons variables sont difficiles à décrire précisément car les facteurs de la variation sont multiples (voir facteurs de variabilité).

Nous commencerons par des liaisons qui, bien que variables, sont très fréquemment réalisées. Selon la littérature, on peut par ailleurs les trouver dans la classe des liaisons catégoriques (Delattre 1951, 1966 ; Léon, 1992, etc.). Néanmoins, les corpus oraux tels que PFC permettent de mettre en évidence que cela n’est pas vrai pour tous les français ou du moins que l’on peut constater des changements en cours quant au statut de ces liaisons.

  • Les liaisons variables anciennement considérées comme catégoriques :

 

  •  Adjectif + nom

Un adjectif précédent un nom ne liaisonne pas systématiquement, comme on peut le lire dans la littérature. Les exemples qui suivent illustrent des cas d’adjectifs avec et sans liaison.

Ex.

– en grand˽émoi  alt (12aGS1t_grand21t) ; en grand // émoi alt (12aFL1t_grand20)

– les jeunes˽aveyronnais alt (75xLV1g_jeunes11z) ; jeunes // instits alt (64aMA3g_jeunes10)

– en mauvais˽état alt(rcaKN1g_mauvais21z) ; un mauvais // accent alt (31aSB1g_mauvais20)

Il faut noter qu’en conversation courante, très peu d’occurrences du contexte adjectif + nom apparaissent.

Dans le corpus PFC, on ne trouve dans ce contexte que très peu de formes lexicales dont la plus fréquente est petit, qui provoque invariablement une liaison. La longueur de l’adjectif a une incidence sur ces réalisations.

Les adjectifs antéposés au pluriel tendent à entraîner plus de réalisations de liaisons (voir morphologie, section facteurs de variabilité).

Comparer par exemple :

Le gros // immeuble alt(blaSL1g_gros10)

Ils ont des gros˽yeux alt (svaCB1g_gros11z)

 

  •  (c)’est + …

La liaison après (c’)est, longtemps considérée comme obligatoire, représente bien la variabilité du phénomène de la liaison en ce sens que cet item entraîne une liaison moins d’une fois sur deux (en moyenne, voir Durand et Lyche 2008), un locuteur pouvant varier entre liaison et non liaison dans une même conversation, voire dans une même phrase, comme on peut l’observer dans l’exemple qui suit.

Ex. C’est˽un temps où c’est vrai que c’est // un, un coin agréable là. alt(12aJP1l_c’est11t-10)

Ceci est vrai pour la plupart des formes verbales, où la liaison est variable. Néanmoins, les facteurs de variabilité qui les influencent le plus sont la fréquence et la longueur du mot : les formes courtes et fréquentes, telles que (c’)est ; suis ; était, etc. entraînent plus souvent une liaison que les formes plus longues ou plus rares.

  • Autres liaisons variables
    • Préposition ou adverbe + …

La liaison après les prépositions ou adverbes polysyllabiques (tels que avant2, pendant, durant, après, depuis, devant, assez) est très variable, voire peu courante.

Exemples où la liaison n’a jamais été réalisée dans le corpus PFC

depuis // un an alt(91aAL1g_depuis20)

souvent // orienté alt(69aKB1l_souvent20)

– devant // elle alt (21aSH1l_devant20)

Exemples où  la liaison est rare dans le corpus PFC

– assez // ouverts alt(81aJN1g_assez20) – assez˽industriel alt(75cGN1g_assez21z, seule occurrence)

après // être allé alt (svaRB1g_après20) – après˽avoir visité le glacier alt (bfaSB1l_après21z, seule occurrence)

jamais // été alt (maaBM1l_jamais20) jamais˽ét/ (mot tronqué) alt(blaNT1g_jamais21z, seule occurrence)

Par contre, si les prépositions et les adverbes monosyllabiques entraînent très souvent la réalisation d’une liaison, l’étude de corpus oraux tels que PFC met en évidence que ceci n’est pas systématique et dépend entre autres de la forme concernée : certaines liaisonnent en effet plus que d’autres et on peut par exemple considérer en ou sans comme faisant partie des liaisons (quasi) catégoriques, même si quelques rares cas de non liaison ont été observés :

–  ils le font en // un jour et demi alt (13aDG1g_en10)

manque beaucoup de confiance en // elle alt(50aTV1g_en10)

A contrario, l’adverbe mais ne provoque que très rarement une liaison.

Les autres adverbes varient dans leur usage, la fréquence d’occurrence des deux mots en contact et la longueur des mots 1 et 2 influent sur les réalisations des liaisons. Ainsi, une préposition ou adverbe monosyllabique + pronom monosyllabique sont quasi systématiquement liés par une consonne latente.

Par exemple, la préposition chez fait partie des cas de liaisons variables, mais la liaison est très fréquente lorsque chez est suivi d’un pronom monosyllabique.

Ex.

chez˽ellealt (11aMG2g_chez11z)

– chez˽un notaire  alt (bgaAL1l_chez11z)

Néanmoins, certains locuteurs ne réalisent pas cette liaison :

– chez // un dermatologue alt(31aLM1g_chez10)

– chez // un copain alt(85aGM1l_chez10)

Autres exemples :

– elle est très˽attachée à lui alt(12aJA1l_très11z) comme elle est très // âgée alt (11aMG1g_très10)

– dans˽ un quartier inconnu alt(38aMB1l_dans11z) – dans // une soirée alt(91aCS2l_dans10)

– quand˽on relit ça alt(13bFA1l_quand11t) quand // il fait bien froid alt(13bRP1l_quand10)

– tout˽a baissé d’un niveau alt(75cLB1l_tout11t) tu as tout // à reprendre alt (92aPP1g_tout10)

 

  •  Nom pluriel + adjectif ou invariable :

Malgré  la valeur morphologique que peut représenter la liaison d’un nom au pluriel, la liaison reste très variable, voire plutôt rare.

Ex.

– tous les officiers // allemands alt (75cAB1g_officiers20)

– des bâtiments // annexes alt (64aSL1l_bâtiments20)

– prisonniers // allemands alt(31aLL1g_prisonniers20)

– dans les˽écoles // aveyronnaises alt(75xAD1g_écoles20)

– les portes // ouvertes alt (54bJC1g_portes20)

Quelques cas de liaison :

– membres˽inférieurs alt (38aCA1g_membres21z)

– de fausses˽idées alt (bgaDB1l_fausses11z)

– ressources˽humaines alt (75cVL1g_ressources21z)

– les personnes˽âgées alt (11aDP1l_personnes21z)

– les pays˽africains alt (rcaYN1g_pays21z)

 


1 Le mot hasard présente pourtant un h aspiré (voir ci-après), et on ne fait jamais la liaison dans un // hasard  ou  les // hasards. [retour]

2 Sauf pour la locution figée avant-hier où la liaison est systématique, voir section Catégoriques. [retour]

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