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PFC Nouvelle Calédonie

Le français parlé de Nouvelle-Calédonie fait partie d’un sous-ensemble plus vaste de variétés diatopiques du français parlé en Océanie, avec celui parlé à Vanuatu et, dans une moindre mesure, Wallis-et-Futuna et la Polynésie française. La différence qui s’impose cependant est que le français y est la langue première pour la plus grande partie de la population, tandis qu’elle est langue seconde en Polynésie et langue d’éducation pour une partie seulement de la population de Vanuatu. Si donc certains traits phonologiques et prosodiques sont partagés grosso modo par l’ensemble de la population native de Nouvelle-Calédonie qui a le français pour langue de référence, les distinctions les plus manifestes opposent les locuteurs pour qui le français est langue maternelle et ceux où le français coexiste avec l’une des langues kanak vernaculaires ou bien avec les langues polynésiennes très vives parmi la population wallisienne implantée en Nouvelle-Calédonie. Ce français calédonien dont on trouvera des descriptions sociolinguistiques et lexicales en grand nombre fait aussi lexicalement partie d’un réseau de français insulaire qui partage un vocabulaire renvoyant à des réalités proches avec l’ensemble des départements d’outre-mer (relation à la France métropolitaine, climat), en tenant compte du fait qu’il n’y a pas de parler créole en Nouvelle-Calédonie (à l’exception d’un vernaculaire isolé, le tayo de Saint-Louis, d’essence non véhiculaire) et qu’une colonie pénitentiaire a servi de base à l’établissement de colons sans donner à la population l’essor qu’il a connu aux Antilles.

 

L’enquête a commencé par une première série d’enregistrements réalisés à Vanuatu en 2006, afin d’obtenir un échantillon parallèle de locuteurs francophones de cet archipel voisin de la Nouvelle-Calédonie, ancien condominium franco-britannique devenu indépendant en 1980 et où le français n’est pas langue maternelle, mais langue d’éducation et langue officielle avec le pidgin bislama à base lexicale anglaise. Les enregistrements ont été malheureusement perdus.

 

La base de données comprend dix enregistrements réalisés en Nouvelle Calédonie en 2010 et 2015. Elle compte 6 locuteurs nés à Nouméa, et 4 locuteurs kanak issus d’Houaïlou (aire Xaracuu), Canala (aire coutumière Aije), Lifou (aire Drehu) et Maré (aire nengone). Les locuteurs kanak enregistrés parlent la langue de leur aire culturelle respective et sont donc de français langue seconde, mais il faut préciser que seule environ la moitié de la population kanak parle la langue de l’aire coutumière à laquelle il appartient. Il s’agit ici des aires périphériques, à l’est de la Grande Terre et sur les Loyauté, où le degré de vitalité des langues vernaculaires est le plus important. Les locuteurs natifs de Nouméa sont d’origine européenne sans qu’il soit possible de leur attribuer à tous les caractères de l’accent caldoche, celui-ci étant très sujet à la variable diaphasique et diastratique.

 

Les répondants sont âgés de 23 à 50 ans. Les enquêteurs sont des étudiants de l’université de la Nouvelle-Calédonie inscrits en licence lettre mention FLE ou en master recherche des métiers de l’enseignement. Le travail des étudiants de FLE a privilégié les répondants de français langue seconde pour établir un crible phonologique tandis que le travail des étudiants de master visait à l’entrainement à la méthodologie de l’enquête et à l’utilisation de l’outil praat. Le protocole a été respecté mais quatre enregistrements ne disposent pas du volet de l’enquête qui comprend la conversation guidée.

 

Les particularités lexicales et sociolinguistiques du français calédonien sont bien connues (Darot et Pauleau, 1993 ; Pauleau, 2016), ainsi que les traits articulatoires segmentaux du français calédonien :

  1. Postériorisation du a en ɑ, postériorisation du U, du O et du y
  2. Confusion des degrés d’aperture
    1. Fermeture du Ɛ en e
    2. Ouverture du Ø en œ
  • O et ɔ
  1. ã et õ
  2. Fermeture du ə en e
  1. Nasalisation/dénasalisation
  2. Relâchement : sonorisation des consonnes sourdes (f en v) et nasalisation des sonores

 

Le travail effectué avec les étudiants de master visait à exploiter les bases de données pour l’analyse de la dimension prosodique (accentuation et proéminence) à la lumière des travaux repris dans Simon et alii (2012). Les résultats observés feront l’objet d’une publication à paraitre en 2018.